Apnée – 03.1997

QUOI ?

Vidéo-performance-installation 1995
17 min, boucle, couleur, sonore
Moniteur cathodique 36 cm posé sur un socle

La vidéo est un auto-filmage en plan-séquence à l’aide d’un caméscope Hi8 basculé à 90 degrés sur son flanc (un quart de tour). À douze reprises, l’artiste renverse sa tête, la plonge dans un aquarium, écrase son visage à la verticale contre la vitre rectangulaire, esquive un sourire face à l’objectif, revient à la surface pour reprendre son souffle.

La vidéo-performance est diffusée dans une installation : un moniteur cathodique d’époque posé sur un socle. Ce moniteur subit à son tour un basculement à 90 degrés (un autre quart de tour) pour adopter un format portrait. Ce double pivot technologique inverse la gravité. Sur l’écran vertical, l’air et la surface de l’eau sont en bas. La tête est à l’endroit. Les mèches de cheveux immergées lévitent vers le haut. La petite taille du moniteur permet une échelle 1 sur 1, le visage de l’artiste est en taille réelle. Le socle est peint en gris foncé, il fait corps et réifie le moniteur.

Pourquoi ?

Le double basculement (caméra et moniteur) subvertit la géométrie de l’écran. C’est un sabotage de l’horizontalité télévisuelle ou cinématographique. Le spectateur est plongé dans un espace électronique autonome où la matière liquide brise ses propres lois. Le principe de gravité cède sa place à la logique électronique.

Le moniteur cathodique est forcé d’adopter le format portrait, une prémonition de l’ère de la vidéo à la verticale captée par les téléphones contemporains.

L’écran cesse d’être une fenêtre transparente et inexistante. La vitre de l’aquarium et la vitre de l’écran fusionnent. Cette boîte étanche encapsule la tête de l’artiste. Le spectateur aussi est mis à l’épreuve, presque otage de la scène.

Dans ce rituel d’immersion, le sourire de l’artiste est une résistance. Le corps lutte à l’intérieur de la machine. L’artiste revendique son aphasie, elle ne délivre aucun autre message. Elle applique l’intuition du théoricien Marshall McLuhan : « The message is the media ».

Christelle Richard-Dauphinot 2026

Expositions collectives
– galerie Bouscayrol à Bordeaux 1997
– Studio Factory 5.42 à Toulouse  2022