Les Cafés
Tu entends le tintement des cuillères dans les tasses, le vrombissement du torréfacteur derrière le comptoir, le froissement des pages du journal local, les rires à la radio, le garçon qui ouvre le tiroir-caisse et qui rend la monnaie.
Tu y es, immergé.e dans l’atmosphère typique du café français resté dans son jus. Ce noir et blanc tend vers l’intemporel. Tu as un doute. Serais-tu au vingtième siècle ? Est-ce un travail économe et patient avec un boîtier 6×6, en 200 asa ? Que nenni ! Tu es ici et maintenant !
La vérité, Christelle Richard-Dauphinot porte de grosses lunettes. Elle marche avec une canne. Elle reste toujours assise. Elle choisit un boîtier compact et discret dont les mises au point sont subtiles. Ce format carré est exigeant.
Elle se plante dans les cafés. Fondue dans l’ambiance, elle observe longuement, l’air de rien. Immobile, c’est l’instant qui vient à elle. Elle déclenche « à la sauvette. » Photographier uniquement en position assise induit des angles de vue et des cadrages. L’autrice capte l’esprit du mouvement plutôt que les visages.
Régine, patronne du Cactus, bar emblématique, lui témoigne qu’elle a su capter l’âme du métier. C’est l’effet miroir. Elle collectionne.
Nathalie travaille au pôle handicap de la métropole. C’est prémonitoire. Elle collectionne.
Françoise, opticienne, se demande comment ces prises de vue ont été possibles derrière de si grosses lunettes. C’est flagrant. Elle collectionne.
Elle est le coup de cœur de Ericka Weidmann (journaliste photo à 9Lives-magazine) et Philipe Guionie (directeur de centre photo La Villa Pérochon) aux lectures de portfolios du festival Manifesto en 2017
L’acuité baisse. La canne ne suffit plus pour rejoindre les cafés en ville. Ces photos sont en passe d’être les dernières.
Christelle Richard-Dauphinot a fait mentir Marc Riboud qui assurait que « pour faire de bonnes photos, il faut avoir surtout de bons souliers. »
Christelle Richard-Dauphinot